Comment Thierry Malo valorise le créole par son art

Comment Thierry Malo valorise le créole par son art

Thierry « TiMalo » Malo sera l’un des speakers à la toute première édition de TEDxPointeàPitre. Il s’est fait remarquer, il y a environ 8 ans, alors que le slam était en plein boom en Guadeloupe. Sa verve, ses textes acérés, drôles, ainsi que son aisance sur scène, l’ont vite érigé comme un slameur hors pair. Une aisance et un talent qui se retrouvent aussi à l’écrit, dans un créole guadeloupéen exquis qui caractérise toute son œuvre.

Alors que certains voient le créole comme un repli identitaire, TiMalo, lui, en le valorisant dans son art, nous prouve, au contraire, que le créole et le processus de créolisation sont ce qu’il y a de plus universel. Focus sur deux façons dont il a de valoriser le créole de Guadeloupe.

Il œuvre à démocratiser le créole

Cela peut paraître paradoxal à dire, mais oui, le créole a encore besoin d’être démocratisé. Bien qu’il soit l’une des langues maternelles des Guadeloupéens, il se trouve dans une situation diglossique qui a impacté de façon très néfaste son développement, notamment à l’écrit. Contrairement à Haïti, lire et écrire en créole en Guadeloupe n’est pas pour autant « naturel », même si la langue, à l’oral, est très présente dans le quotidien et dans les cercles que sont la famille et les amis.

Mais, trop longtemps représenté comme une langue inférieure par rapport au français, le créole guadeloupéen, dans ses formes écrites, a souffert.

Dès lors, quand, pour une interview menée à l’occasion de la sortie de son roman « Dyablès », j’ai demandé à TiMalo si écrire en créole, en 2015, était encore un acte militant, sa réponse a été claire : « Je ne me suis pas véritablement posé cette question pendant que j’écrivais. En effet, je publie des textes en créole depuis bientôt dix ans, la plupart du temps en couchant sur le papier des choses que j’aurais pu dire ou écrire à ma famille ou à des amis.

Mais dès que j’ai commencé à parler de mon projet, j’ai vite réalisé le fossé entre mon histoire personnelle et la réalité. J’ai croisé des jeunes d’une vingtaine d’années qui avaient du expliquer pourquoi ils avaient préféré le créole au latin, au lycée. D’autres encore, qui me connaissent pourtant, et malgré leur enthousiasme et leur impatience à lire « Dyablès », n’osent pas m’adresser la parole en créole.

On reproche, encore aujourd’hui, à certains auteurs de « s’enfermer » dans le créole. Et que dire de ce très haut responsable qui m’a lancé sans sourciller ‘le problème avec le créole c’est qu’il est difficile à déchiffrer’, alors que cela fait plus de dix ans que des jeunes lisent et commentent des textes à l’épreuve de créole au baccalauréat ?

En ce sens, le travail du Conseil départemental avec ‘Kréyòl An Mouvman’, qui organise et coordonne un mois d’activités autour de la langue est plus que nécessaire. En effet, il nous faut impérativement compter sur nos propres énergies, car la France, bien qu’elle ait signée la charte européenne des langues régionales, n’arrive toujours pas à la ratifier 16 ans plus tard. »

Il questionne les codes esthétiques à l’œuvre dans la création en créole

Par-delà le simple parti-pris d’écrire exclusivement en créole, TiMalo mène aussi une réflexion sur les codes artistiques employés.

Sur la forme de ses poèmes et slams, il s’est attaché à travailler, depuis son premier opus, la poésie à forme fixe en créole. Et, dans Dé Moun, son recueil de nouvelles sorti en 2012, il s’est mis au quadrille, une forme poétique rare, et parfois difficile à faire sonner de façon harmonieuse.

« J’aime bien travailler les poèmes à forme fixe, réputés impossibles en créole. C’est une façon de battre en brèche les clichés sur la langue. La singularité du quadrille est d’offrir une lecture de haut en bas et de bas en haut. La version que l’on entend sur l’album est le texte dit à l’envers », explique TiMalo.

Sur les mélodies aussi de l’album « Dé Moun », un travail de réflexion sur les bases des musiques guadeloupéennes et des potentialités créatrices qu’elles offrent, sans pour autant tomber dans un résultat mainstream. Car, lorsqu’on lui formule la critique selon laquelle les sons de Dé Moun n’ont pas, a priori, de consonances guadeloupéennes très marquées, alors que les messages véhiculés concernent la Guadeloupe, TiMalo affirme la guadeloupéanité de sa musique et défend sa démarche : « C’est une musique guadeloupéenne construite un peu dans la démarche de l’afrobeat de Fela. Elle est basée sur des rythmes guadeloupéens avec un jeu des instruments électro-acoustiques inspiré par le funk. Par exemple, sur « Lanmou », les sons graves de la basse et les sons plus aigus de la guitare s’associent pour jouer un toumblak. « LKP », est un menndé, mais où la guitare rythmique joue comme un makè. Mon mon intention artistique est de dire que nous disposons d’un potentiel de création énorme. Un potentiel que nous avons à peine commencé à explorer. Certes nous n’avons pas à rougir de puiser dans le patrimoine mondial ; dans cet album, il y a aussi de la soul et du blues. »

Un travail qui remet donc en perspective le questionnement sur les codes esthétiques à l’œuvre dans le processus de création (en) créole. Lorsque l’on connaît les difficultés à « faire Art » en créole, du fait de la situation diglossique de la langue, ces nouvelles propositions esthétiques de TiMalo font sens.

Thierry Malo sur internet : son site, sa page sur Facebook, son profil (@timalo_officiel) sur Twitter.

Photo (c) G. Vartel


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